En 1986, Mylène passe au roux pour les besoins du clip de « Libertine », elle commence à jouer avec le public. Forte de ses cheveux courts et de son androgynie elle séduit les foules, on la trouve dans le clip se baignant avec deux autres jeunes femmes... l'ambiguïté est de mise de tous les côtés, elle est vêtue comme un homme, se bat avec une femme, fait l'amour à un prétendant...une attitude déjà bien ambiguë pour l'époque qu'elle est sensée représenter.
Avec ses textes ambigus elle réussit à séduire un public qui a envie d'entendre parler de lui mais qui n'est pas encore très présent dans la chanson française à quelques exceptions près non très célèbres (Fernandel « On dit qu'il en est », Aznavour avec « Comme ils disent », Fabienne Thibeault « Un garçon pas comme les autres » extrait de Starmania, Dalida « Depuis qu'il vient chez nous », Francis Lalanne « La plus belle fois qu'on m'a dit je t'aime »...)
Son premier album est un succès, on y apprend l'ambiance Farmer, l'univers Farmerien comme on aime à l'appeler, ambiance empreinte d'ambiguïté, de mort, de tendance suicidaire, tout ce qui peut évoquer le mal être poussé à l'extrême.
La chanteuse est acceptée par le public bien que largement critiquée par les médias pour son étrangeté et ses propos parfois déplacés en interview (elle va jusqu'à dire qu'elle aimerait être une mante religieuse et aller jusqu'au bout de cela lors de ses rapports sexuels...). Les années passant elle donnera d'ailleurs de moins en moins d'interviews, jusqu'à se faire rarissime à la télévision et dans la presse écrite. On ne la voit sur les plateaux de télévision que lorsqu'elle sort un nouvel album et prépare une tournée.
Le second album finit de conquérir le public gay, elle y fait référence à Baudelaire, à Poe, on y trouve « Sans contrefaçon » et « Pourvu qu'elles soient douces » qui sont deux chansons aussi ambiguës que possible. Dans « Sans contrefaçon » elle chante : « ...Tout seul dans mon placard, les yeux cernés de noir, à l'abri des regards, je défie le hasard. Dans ce monde qui n'a ni queue ni tête je n'en fais qu'à ma tête. Un mouchoir au creux du pantalon, je suis chevalier d'Eon...Puisqu'il faut choisir à mots doux je peux le dire sans contrefaçon je suis un garçon et pour un empire je ne veux me dévêtir sans contrefaçon je suis un garçon... ». L'allusion au chevalier d'Eon dont la légende reste floue et qui était à priori un espion se déguisant en femme, laisse planer une certaine ambiguïté par rapport à la recherche identitaire de la chanson. Le refrain reprenant sans cesse je suis un garçon peut laisser perplexe... Dans « Pourvu qu'elles soient douces » on trouve des allusions à la sodomie et à l'ambivalence : « ...Ton Kama-Sutra a bien cent ans d'âge, mon Dieu que c'est démodé, le nec plus ultra en ce paysage, c'est d'aimer des deux côtés... ». Tout cela plongé dans un univers toujours identique au précédent album, bordé d'ombres et de moments morbides, elle raconte notamment, l'histoire (vraie me semble-t-il) d'un jeune homme s'étant pendu « Jardin de Vienne » : « ...Petit bonhomme ne sourit plus, la vie en somme t'a bien déçu, ton corps balance au vent du soir, comme une danse, un au revoir... ». Ses textes ont pu séduire autant les hommes que les femmes, elle reste tellement ambiguë tout le temps que son univers est asexué. Et toujours en quête d'identité, d'espoir, d'amour...