Des revendications symboliques
C'est moins la gauche que la droite qui, aujourd'hui, se déchire en coulisse sur une question qu'elle refusait de se poser il n'y a pas si longtemps. En janvier dernier, histoire d'intimider la Mission parlementaire sur la famille, 289 parlementaires de droite, emmenés par le député (UMP) Jean-Marc Nesme, ont dégainé un manifeste «pour la défense du droit fondamental de l'enfant d'être accueilli et de s'épanouir dans une famille composée d'un père et d'une mère». La mission a botté en touche, en proposant l'instauration d'une «délégation de la responsabilité parentale», qui permettrait au «beau-parent», hétéro ou homo, de régler les actes de la vie courante concernant l'enfant. Rapporteur de la mission, Valérie Pecresse devait déposer une proposition de loi en ce sens le 22 juin.
On sent bien que la pression monte. En Europe, de plus en plus de pays acceptent d'institutionnaliser l'homoparentalité. En France, beaucoup d'élus sont ébranlés par le relatif succès du Pacs. «Ils se rendent compte qu'ils se sont plantés et que le Pacs est populaire, lance Jean-Luc Romero, militant gay de l'UMP. Il y a 400 000 pacsés en France et cela n'a pas détruit le mariage.» Mais le débat s'est déporté depuis le vote du Pacs en 1999 et le vrai-faux mariage de Bègles en 2004. Au PS, un ardent militant de la cause, comme le député Patrick Bloche, n'hésite plus à qualifier Lionel Jospin de «conservateur». Et Nadine Morano, députée sarkozyste, étrille sans états d'âme sa cons½ur Christine Boutin et ses discours sur la «société d'altérité». On traitait les défenseurs du mariage traditionnel de ringards et d' «archéo». Nouveauté - c'est la stratégie victimaire - il suffit d'accuser l'adversaire d'homophobie pour réduire sa marge de man½uvre. Dommage pour les débats de fond.
Car, en réalité, de quoi parle-t-on? Les psys le disent: «Il n'y a pas à être pour ou contre, rappelle la psychanalyste Muriel Flis-Trève. L'homoparentalité existe, c'est un fait.» Rien n'empêche un homosexuel d'avoir un enfant avec quelqu'un du sexe opposé - c'est le cas de Christophe Girard, adjoint au maire de Paris, qui a publié Père comme les autres (Hachette Littératures) - ou d'adopter en tant que célibataire. Grâce à la loi défendue en 2002 par Segolène Royal, on peut aussi partager l'autorité parentale avec un conjoint homo. Mais aucune loi ne permettra jamais à deux hommes ou à deux femmes d'avoir biologiquement un enfant ensemble. Leurs revendications sont donc très symboliques. Il s'agit de réclamer le droit de passer à la mairie et d'adopter à deux, comme les couples mariés. Il s'agit aussi de demander le droit à l'insémination artificielle et le recours aux mères porteuses (interdit en France). A l'UMP, Nadine Morano s'exclame: «Ma famille idéale, c'est un père, une mère, la robe blanche. Mais la réalité est autre: familles recomposées, monoparentales, homoparentales. Lorsqu'on est élu, il faut regarder les choses en face. Ces enfants existent, pourquoi auraient-ils moins de droits que les autres?» C'est au nom du pragmatisme, aussi, qu'Emmanuelle Revolon, de Gay Lib, est décidée à convaincre Sarkozy: «On ne peut pas continuer de dire: allez faire vos enfants à Bruxelles, Barcelone ou San Francisco, et après on régularise!» Un an pour décider.
L'adoption en Europe
Quatre pays autorisent l'adoption par les couples homos. Le 21 avril, la Belgique a rejoint la Suède, l'Espagne et le Royaume-Uni. D'autres pays ont des dispositifs plus restrictifs: les Pays-Bas la réservent aux enfants de nationalité néerlandaise. Le Danemark autorise les gays à adopter leurs propres enfants nés d'unions précédentes. L'Allemagne permet l'adoption d'un enfant de l'autre partenaire, établissant une double filiation et l'autorité parentale conjointe.